Marylin Laurent: Tout n’est que vapeur

A ma Grand-Mère

Mon amour,
Je t’ai vue encore une fois
J’ai voulu te serrer dans mes bras
Mais tout n’est que vapeur

Je me souviens encore
quand sur ta petite chaise basse
tu buvais ton thé de citronelle
devant ta boîte de cartes postales

Tu me racontais
ces galants qui te sérénadaient
Leur finesse, leur délicatesse
Et surtout leur respect
dans leurs poèmes et acrostiches
À ton époque, les rondeurs féminines
étaient plus qu’appréciées

Je revois tes yeux gris
ton sourire édenté 
ton petit corps recourbé
livré à l’ostéoporose et l’arthrite

Tu me contais comment tu as échappé
à la mort lors de l’occupation
La balle avait percé la pierre
sur laquelle tu seyais
Tu n’étais encore qu’adolescente
Ce n’était pas ton heure

Je me souviens encore
du récit de ton mariage
et de ta lune de miel
La première fois qu’il t’a fait l’amour
comme on a rigolé!

Et tes enfants
Tu en as portés tant
Ceux qui ont vu le jour
Ceux dont tu as fait fausse couche
Celle qui est partie trop tôt
et que tu n’arrivais pas à pleurer
et qu’ensuite tu ne cessais de pleurer
Et l’ange qui t’a apparu sur sa tombe

Mes enfants
tu ne les as pas connus
Eux ils te connaissent pourtant
à travers les récits et photos
Mais ne sauront jamais
l’amour indescriptible
dont tu m’as couvée

Petite fille,
avec ton frère aîné, ton complice
tu jouais à la balançoire
Et s’il te laissait tomber
il se frappait la tête dans les murs
pour s’infliger une punition

Tu avais toujours un mot tendre
et de chaudes caresses
pour tes choublak et anthuriums
et mêmes tes chats
Et la lune! La pleine lune!
Tu lui lançais tes poings
réclamant ta force
et maudissant le tonnerre!

Le respect de soi, c’est l’étiquette
que tu m’as inculquée
C’est à toi de connaître ta valeur
Pas à l’autre de la déterminer

Grand-mère, douce Manmi,
Combien tu me manques
J’aimerais tant te le dire aujourd’hui
te serrer dans mes bras
Mais tout n’est que vapeur

Flushing, Queens, New York, March 23, 2011

*   *   *

Marylin Laurent was born in the Bronx but her youthful years were spent in Port-au-Prince. Captivated at first by drawing and drama, she realized later on that she expressed her feelings better once her words and her inner-self were put together.

In 1993, Marylin moved back to New York.  She discovered self-acceptance, self-love and self-gratification that she feels compelled to express through metaphors. She has published two books of poetry, Diary of an Innocent Dreamer and Statement.

Click here to visit her writer’s website.

Leave a Comment

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: