Maryse Cayemitte-Elysée: Poèmes

DOUCEMENT

Doucement coule petit ruisseau
De ma jeunesse apaisée
Dans la calme solitude des jours gris
Des jours sans attente
Des jours sans flamme.
Le vent souffle sur le tombeau
Des amours défuntes pour ranimer des spectres
A jamais enfouis dans le souvenir.

Doucement le chaud carillon
Des mots suaves chuchotés au creux de l’oreille
Ne tintera plus pour électrolyser
Le froid de mon âme qui sommeille.

Doucement le temps languit
Et joue dans mon cœur d’automate
La note apathique de la routine
Des choses qui se meuvent
Sans savoir ni pourquoi ni comment.

*   *   *

HOMMAGE À UNE AMITIÉ CHÈRE

Que ce soit
L’hiver ou le printemps
L’été ou bien l’automne
Sur mes jours en cadences inégales
De pauvre hère
Jeté dans l’océan du monde,
Tu es là
Avec tout au fond du cœur
Cette tendresse fraternelle
Expression bienveillante
D’une amitié immuable
Qui me dit
«Va, tu n’es point seule!»

*   *   *

CONVERSION

Non, plus jamais je ne chanterai le désespoir
Puisque Tu es, Seigneur
Tu vois et peux tout
Toi seul sais de quelle eau m’abreuver
Et de quel pain me nourrir
Ma lyre brisera les accords de tristesse
Pour entonner des hymnes d’allégresse
Je boirai volontiers l’absinthe amère
Pourvu qu’elle me vienne de Toi, Seigneur
Le sourire illuminé
Ma main dans la tienne invisible
J’irai vers tous les écueils
Qui se mueront vite en pieuses invocations
Il n’y aura plus ni souffrance ni deuil dans mon cœur
Rien que la Foi
Une foi inébranlable en Ton Amour
Brillera en mon âme réjouie.

*   *   *

AIME-MOI

Aime-moi à l’aube naissante
Quand la terre se réveille
Sous les baisers de l’astre diurne
Aux cris du coq chantant le gai cocorico.

Aime-moi à midi
Quand les papillons vont conter fleurettes
Aux pâquerettes
Et qu’on entend au loin le clapotis de la rivière
Mêlé aux rires joyeux des lavandières.

Aime-moi au crépuscule du soir
Quand le ciel se pare
Pour le grand bal des étoiles
Au rythme de la musique des cigales.

Aime-moi sans délai
Aujourd’hui… Demain…  Toujours…
Aime-moi sans trêve
Chaque petit rien de temps
Chaque instant du moment.

Aime-moi!

Miami, Floride, le 29 septembre 2010

*   *   *

L’intérêt de Maryse Cayemitte-Elysée pour l’art poétique remonte à  son adolescence en Haïti, pays natal de l’auteure—une époque marquée par un vibrant amour, non seulement pour les sonnets de Ronsard et les ballades de Musset, mais aussi pour le romantisme de Durand et l’immense tristesse se dégageant des œuvres d’Ardouin.

Les encouragements répétés de ses professeurs de littératures française et haïtienne qui voyaient en Maryse un poète en herbe contribuèrent largement à développer son talent. L’auteure se rappelle l’extase de Dieudonné Fardin sur Musique, un poème évoquant Les Gouverneurs de la Rosée. Un jour, Jean-Claude Fignolé, devant toute une salle de classe, usa son talent de diseur chevronné pour déclamer les vers de Maryse, comme s’il s’agissait de ceux d’un Verlaine ou d’un Dépestre. C’était la validation qu’il fallait à l’artiste pour continuer à pincer la lyre poétique. Bientôt virent le jour des poèmes tels que Réveil de la Nature, Musique, et Coup de Foudre.

Maryse émigra aux Etats Unis en 1972, abandonnant ses études à la Faculté de Droit & des Sciences Economiques de Port-au-Prince.  Sa première destination fut Maryland où la nostalgie de son pays s’exprima à travers quelques élégies, telles que Fille d’Haïti, Nuits Quisquéyennes, Cafard, Mélancolie, et Savane Désolée. A Boston, elle composa Spleen, Ma Chance, Conversion, Cœur Blessé, et Soif, traduisant la solitude et l’isolement d’une jeune fille poursuivant des études académiques loin de la sollicitude de sa famille.

Revenue à Manhattan, le rythme trépidant de la vie lui volèrent le temps d’examiner ses émotions et d’emprunter le pas au lyrisme de Voltaire ou de Brièrre.  Elle écrivit quand même L’Attente, Yeux, Illusions Perdues, Pourquoi, et quelques autres, traduisant les tumultes d’une existence en quête d’identité.

En 1988, le froid du nord la chassa et Maryse s’établit en Floride.  Miami aurait été la venue idéale pour pincer la folle du logis.  Néanmoins, la muse s’est soudainement tari hormis les esquisses telles que Confidence, Aveu, et A Haitian Epic (une pièce écrite en 1990 a l’intention de ses nombreux élèves Haïtiens en deuxième année élémentaire, en vue de les familiariser avec notre superbe épopée historique de 1804).

Comments

  1. Andrieux Marie says:

    Que de souffrances endurées par l’arrachement de miliers de jeunes poussses de leur sol natal!
    Que de cris étouffés par ce horrible déracinement, loin de tout, des odeurs des saveurs de notre Haiti chérie !!
    Que de trajectoires détournées, de vies brisées, dexasées par cet exil forcé !!
    Oh petite Terre, que de souffrances infligées par tes propres rejetons, qui t’ont privé de tant de douceur
    Oh belle femme au masque hideux, quand reviendront-elles pour te soigner, te carresser et te chérir ?

  2. Ma Maryse, je suis fière de ton parcours.
    Voilà ce que je souhaite avec AN-N BOKANTé, un échange culturel entre frères et soeurs du bassin caribéen..Nous connaître afin de mieux nous apprécier et nous aimer..
    Tu as su canaliser tes souffrances et ton mal de vivre hors de ton pays en énergie positive.et créatrice..c’est une leçon pour tous ceux qui se laissent aller au découragement pour rien…
    Merci pour cet échange et les beaux poèmes que je découvre.
    Bises

    • akamaryse says:

      Merci, Lili, pour ces mots d’encouragement. On ne laisse jamais son pays natal de grand cœur. Cependant mon jeune âge à l’époque avait favorisé une adaptation rapide et aisée en dépit des obstacles rencontrés sur mon chemin. Bon gré, mal gré, on a bien traversé le temps et je considère les États Unis comme ma seconde patrie.

  3. PIERRE CONFIAC says:

    Bonjour Maryse
    Très émue en lisant tes poèmes, je ne pouvais plus contenir mes larmes. Je sais c’est un peuple qui a énormément souffert et qui souffre encoreet qui a beaucoup de ressources, je partage cette souffrance.(je sais Maryse) ! A travers toi je comprends mieux l’histoire d’Haïti.
    Je salue vraiment ton parcours, quand je pense qu’il y a eu des déracinements et l’exil forcé. C’est une blessure profonde, la vie continue mais qu’on n’oubliera pas.
    Je suis fière de ton courage et heureuse de t’avoir connue virtuellement à travers AN-N’BOKANTé, d’autant créé par mon amie d’enfance que j’admire et fière d’en faire parti.
    Les mots sont vrais, justes et réels, quelle leçon de courage que tu donnes au monde.
    Enorme Bisous Maryse

    • akamaryse says:

      Marlène, tes compliments me vont droit au cœur. Je partage la joie de nos échanges sur Facebook, en attendant de te rencontrer en personne au grand festival de l’amitié prévu l’été prochain en Gwada, grâce à notre amie commune Liliane Jabot.

  4. Tres beaux poemes Maryse, “Aime moi ” se lit avec plaisir et sonne aux oreilles comme une chanson. Compliments.

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